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09/11/2009

La Libération Conditionnelle (pratique)

Pour la pratique,

Je vais vous faire part de ce qu’un jeune de 22 ans doit faire et subir, pour réussir sa « libération conditionnelle ». Je le connais bien. Je l’ai connu en prison, j’avais décidé que je l’aiderais, je l’ai aidé, je l’aide encore…

Pour obtenir un aménagement de peines et/ou une libération conditionnelle, il faut le demander, et, en appui de cette demande, il faut justifier d’un hébergement, d’un travail et d’une réelle volonté de se réinsérer.

Premier problème : l’hébergement. Albert ne souhaitait pas retourner chez sa mère et ce, afin d’éviter tout conflit et dérapage. Il ne voulait pas revenir à une situation qu’il avait connue. D’ailleurs, le JAP (Juge d’Application des Peines) qui connaissait son passé, était aussi de cet avis et il accepte qu’Albert soit hébergé par son oncle, à sa sortie.

Deuxième problème : le travail. Il paraissait exclu pour Albert de trouver un emploi dans la mécanique autos, sa passion depuis toujours, sans une qualification et ce, malgré une bonne pratique sur le tas. Aussi, il opta pour une libération avec suivi et possibilité de formation et de préparation au CAP de MRA. L’idéal était de prévoir et rechercher un contrat de qualification qui allie travail et formation théorique.

Après les recherches classiques (ANPE, annonces) sans succès, son oncle alla à l’atelier de mécanique autos de la mairie. L’éducateur municipal et le maire connaissaient la famille et Albert et pensent souhaitables d’aider ce jeune qui semblait bien motivé. Ils lui proposent un RDV afin d’en discuter de vive voix.

Nouveau problème… obtenir une perm de sortie pour se rendre au RDV. Refus du JAP, nouvelle demande, problème de pécule (15 € en poche), RDV passé, nouveau RDV, nouvelle demande… Bref, plusieurs mois passèrent et ce fut l’été… pause… changement de JAP à la prison… nouveau RDV, nouvelle demande… perm acceptée.

RDV réussi, mais la mairie ne peut proposer qu’un CES de 6 mois… Pas l’idéal (salarié à mi-temps, pas de formation théorique). Sans conviction (parce que les conditions ne sont pas celles escomptées), mais la motivation étant toujours au top… la demande de libération conditionnelle est confirmée… et acceptée…

Au Centre de détention, il existait la possibilité de préparer et de passer le code de la route en vue de l’obtention du permis de conduire. Avec le nouveau JAP, il fut, de nouveau, possible de prendre des cours pratiques. Albert en profita… Conduire, il savait, c’était donc une formalité… coûteuse, mais avec l’aide d’un ami et de sa famille, il réussit à récolter les 600 € nécessaires… Bref, la veille de sa libération… il passe le permis et le réussit… !

Donc, sa sortie est placée sous un bon signe : permis, boulot, logement… et liberté.

Pour moi qui le soutenais et le soutiens, encore, dans son effort de réinsertion, ce n’était pas l’idéal…

. un CES, cela veut dire : travail à mi-temps, rémunération = mi-Smic, donc peu d’argent et trop de temps libre…

. cela veut dire aussi, pas de formation théorique « encadrée », il devra se former par lui-même… en aura-t-il la volonté… !

. logement chez un oncle, certes sur place, mais allait-il supporter la cohabitation avec un aîné, célibataire, sans travail fixe. Outre le coucher, allait-il pouvoir l’aider à voir l’avenir avec optimisme, mais surtout avec réalisme…

. quelques points positifs, outre le permis de conduire qui allait lui donner un peu d’autonomie dès qu’il aurait une voiture, un soutien apparent de certains membres de sa famille et surtout une sincère volonté de tout faire pour s’en sortir, des projets, une affirmation manifeste de ne plus tomber dans la délinquance et ce, même si cela doit être dur…

En fait, le CES se passa bien, malgré quelques sauts d’humeur, des pannes d’oreiller, des absences douteuses pour maladie. Chacun dans son entourage, sachant fermer les yeux, lui apportait l’aide dont il avait besoin.

De plus, il se trouva une copine et quitta son oncle et une ville qui avait connu sa délinquance.

De justesse, il réussit le CAP.

Le voilà prêt pour un nouveau départ, avec de bonnes cartes.

Encore fallait-il trouver du boulot, acquérir une indépendance financière et solidifier son avenir sentimental.

Son projet était clair, il l’était depuis et avant même sa sortie de prison puisque ce fut une des motivations/raisons de sa libération conditionnelle. Son projet était de créer son propre garage dès que possible.

Etant toujours sous contrôle judiciaire, c’est avec la bénédiction de son (nouveau) JAP et de son SPIP (travailleur social chargé de le suivre) qu’il monta son projet, dès qu’il eut trouvé un local adapté. Certes, pas le lieu et le local idéal, mais qui ne tente rien, n’a rien.

De nouveau, il trouve un soutien financier, de nouveau, il est passionné pour cette création d’entreprise.

Des dossiers d’aide sont mis en place (et foireront).

S’occuper seul d’un garage (entretien et réparation de tous véhicules) n’est pas chose facile, surtout quand on reste « fragile » et quand un rien perturbe, décourage et démobilise quand cela ne va pas comme on le voudrait.

Bref, l’expérience n’est pas concluante, le bail souscrit le prévoyant, il rend les locaux au bout de cinq mois d’essai.

Sa passion restant la mécanique, il ne perd pas espoir et se met en quête de nouveaux locaux… mais cette première expérience a eu raison de ses modestes économies…

Alors, il faut trouver un boulot d’attente, ce sera en fait des petits boulots sans rapport avec la mécanique. Pour préserver l’avenir, et permettre quelques travaux de mécanique, il décide de garder la société…

Une fois de plus, il se vérifie que lorsque tout ne va pas au mieux, tout flanche et c’est la rupture avec sa famille naturelle… un changement de copine… un nouveau lieu de vie… et la difficulté de trouver un emploi stable lui permettant de vivre décemment…

Et pour couronner et parfaire son insécurité, l’annonce par le RCS (Registre du Commerce) que compte tenu de son passé judiciaire, il n’est pas autorisé à être gérant de sa société… mais il y a possibilité de…

Donc, nouvelles démarches judiciaires qui aboutissent, en positif, au bout de 8 mois… ! Il peut garder sa société et sa gérance…

Mais pendant cette longue période, c’est l’incertitude, l’impossibilité de prévoir l’avenir, de repartir sur de nouvelles bases… et c’est surtout une période de dé-mobilisation… rien ne va, plus d’entrain, une forte attirance à se laisser vivre, à se contenter du peu qu’il a, du peu qu’on lui donne…

A ce jour, nous en sommes à ce stade où il lui faut repartir avec un nouveau projet… une nouvelle réalité économique et la conviction qu’avant toute chose, il doit être capable de se prendre en charge à 100 % pour assurer son ordinaire et trouver des appuis pour relancer son entreprise.

Donc rien n’est acquis…

Nota : ce qui me semble « inadmissible », c’est le fait que son projet de création d’entreprise était connu de la Justice et de ceux dont le devoir et l’emploi sont de l’aider à se réinsérer et qu’aucun ne l’a mis en garde sur cette interdiction judiciaire.

A mon avis, avec un tel projet en tête, il n’aurait pas du obtenir une libération conditionnelle puisque ce projet était incompatible avec son passé, sa situation personnelle (et judiciaire). C’était l’envoyer au casse-pipe… et c’est ce qui est arrivé…

De surcroît, pendant son année de libération conditionnelle et pendant sa présente mise à l’épreuve (suite et application de ses condamnations passées), lors de ses passages chez le SPIP (tous es 3 mois), les seules préoccupations de celui-ci est de savoir : où il habite, s’il travaille, s’il paie ses parties civiles… aucune aide psychologique, aucun échange ne lui sont proposés… Chaque entretien dure un quart d’heure… ! Tous les 3 mois… et on appelle cela un « suivi  judiciaire »…

Si je vous ai présenté, longuement, cette réalité concrète qu’est une libération conditionnelle (actuellement), c’est pour vous convaincre que ce retour à la vie « dehors » doit être mieux orchestrée… surveillée… et surtout aidée…

Dans un autre chapitre, je vous expose mes intimes convictions…

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)

Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).

Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…

……..

Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…  et des solutions proposées…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…

……

Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.

Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

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