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31/07/2009

Le délinquant sexuel (suite)... en prison

« Le délinquant sexuel » : - Suite -

Parmi les innocents, on trouve, retrouve, toujours ou très souvent, des problèmes familiaux, liés au couple. L’origine de la plainte n’est pas « toujours » la victime, mais un de ses proches, souvent la mère qui prend l’enfant comme otage et le manipule de telle sorte qu’il est obligé de confirmer les dires de sa mère contre son père ou l’adulte en question.

Un adulte se sert d’un enfant pour régler son problème personnel, je trouve cela quelque peu (très) écoeurant. Il se peut que ce soit la vérité… mais est-ce la vérité… Qui le sait, qui le saura ? Pas la justice, assurément.

Une constatation : il n’est pas rare que l’enfant « victime » garde des contacts avec son parent « pseudo bourreau », soit par courrier, mais aussi en venant le voir en prison… Cela me laisse perplexe… et m’interpelle. Pas vous ?

Les statistiques sont là pour nous dire qu’actuellement, 25 % des détenus y sont pour délits sexuels. C’est effrayant, surtout que j’ai pu constater que dans les dossiers, les plus vides, c’est à dire, sans fait concret, la peine minimum est de 5 ans.

Les grosses peines, je n’en côtoie pas, pour cause, car ils sont en Centrale (prison prévue pour les peines longues : + de 10 ans) et même si, aujourd’hui on a tendance à mélanger (plus qu’avant) les petites et les peines plus longues, ces dernières sont encore rares et concernent plutôt, ici, des « braqueurs ».

Le fait d’être « vieux », plus de 40 ans, te rend suspect aux yeux des autres détenus… quand tu es vieux, par a priori, tu es là pour une « affaire de cul »… telle est la pensée de beaucoup. Cet adage est aussi fort que « quand tu es jeune, tu es un dealer »… A toi de « prouver » le contraire.

Et cela est important, lorsque l’on sait que cette catégorie de détenus bénéficie d’un « rejet » manifesté par de nombreux sévices, parfois physiques, toujours mentaux et verbaux.

Je n’ai jamais bénéficié de cet a priori « négatif », car je n’ai jamais caché l’origine de mon arrivée et ceux qui en doutaient, ont été informés par les autres, et, étant écrivain, pour eux, c’était déjà une preuve en soi. Je vous ai déjà parlé dans « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » de Clémence et Paul Denis, du problème rencontré (et non résolu à mon départ de Metz) de la présence de deux bibliothécaires (pointeurs) dont la présence faisait que certains détenus préféraient se priver de lecture, plutôt que d’être « obligé » de les côtoyer, ne serait-ce que « furtivement »… Cela en dit long, sur le rejet.

Pour leur relation avec leur famille, elles sont très diverses et varient, bien sûr, en fonction de la nature des faits reprochés et surtout, de leur véracité.

Ils sont très souvent, au moins au départ « rejetés »…

Avec le temps, les années, la fibre familiale réapparaît parfois, au moins à travers le courrier et/ou le téléphone…

Le détenu souffre de cet isolement, et le supporte mal, il est fréquent que sa cellule soit décorée des photos (nombreuses parfois) de sa famille qui l’a rejeté.

Je voudrai encore, pour cette catégorie de détenus, vous faire part d’attitudes qui m’ont surpris et m’interpellent.

Nombreux sont ceux qui clament leur innocence avec plus ou moins de force… Un certain nombre, une bonne moitié, n’en parle jamais et cache l’objet de leur présence.

Un petit nombre assume et, même si, bien sûr, ils n’en font pas étalage, il en parle assez facilement, et ce sont souvent, soit des auteurs « par accident – par pulsion… », les faits sont connus et reconnus, regrettés, mais ils sont là.

D’autres, se disent victimes de « complot familial », et le fait d’en parler leur permet de s’en libérer… D’autres reconnaissent avoir été « légers » et trompés par l’âge réel de la « victime » (encore mineure sexuelle) au moment des faits.

Beaucoup affirment que la victime plaignante était, en fait, consentante et que son action n’est que le fruit d’une jalousie (suite à un abandon), ou, pour essayer de « toucher » des dommages et intérêts (parties civiles)… !!!

Maintenant, je vous parlerai de ma propre attitude à leur égard. Il est évident que je ne peux « approuver », « accepter » leurs « actes ».

Si j’essaie d’éviter le rejet, je n’en recherche pas la compagnie. Le fait de les côtoyer pourrait provoquer mon propre rejet (par d’autres), ce que je ne souhaite pas. Je reste donc sur mes gardes.

Une constatation qui en dit long. Au niveau « aumônerie »… à Metz, 700 détenus, nous étions 60 à 80, de toutes confessions, de tous âges. Ici, nous ne sommes qu’au maximum 20, et parmi les plus fidèles (12), 10 sont là pour délits « sexuels »… Le même rejet que celui connu à Metz à la bibliothèque, est manifeste. On me l’a dit et c’est d’ailleurs, à ce moment-là que j’ai fait le compte : « Je n’y vais pas… il n’y a que des pointeurs »… J’en ai parlé à notre aumônier qui m’a dit qu’il connaissait le problème, mais que ce n’était pas à lui de faire le tri (et je suis d’accord avec lui) et que, pour sa part, il essayait de compenser par une présence (visite) en cellule, le besoin de ceux qui ne venaient pas.

J’avoue ne pas trouver de solution pour une meilleure « intégration » de cette catégorie de détenus.

Le mieux que l’on peut leur offrir est l’indifférence, souvent, ils n’en demandent pas plus…

Même entre eux, réside une certaine distance. Beaucoup vivent « en reclus », « tout seul », avec un minimum de communication… C’est assez déroutant… mais j’avoue, le comprendre… même si je ne peux l’approuver… car je sais que dans cette catégorie, il y a des innocents…innocents…

En conclusion, posons-nous la question.

Mérite-t-il la prison ?

Pour beaucoup, c’est un lieu de refuge, le moyen de laisser au temps et à l’oubli, le temps de faire leurs œuvres. « Dehors », leur vie serait, parfois, plus en danger qu’ici.

Nombreux sont ceux qui, après jugement, essaient de faire reconnaître leur innocence. Ils font procédure sur procédure, pour faux témoignage, pour instruction dirigée, etc… Mais c’est, à ma connaissance, toujours en vain…

Sont-ils « récupérables » socialement. Les statistiques disent « oui », puisque le taux de récidive serait faible… Pour ma part, je pense aussi « oui ».

Ici, nombreux sont ceux qui travaillent, en silence, sans problème, ils ne font pas de vague, et à ce titre, ils sont « bien vus » par l’administration…

A leur sortie, pour eux, il serait, sûrement, préférable de changer de lieu de résidence… afin d’échapper à leur passé. Il me faut vous préciser que ce délinquant, en général, avait un travail, une famille, un toit et que, souvent, l’affaire se déclanche alors que l’intéressé ne s’y attend pas (plus)…

S’il accepte de quitter sa région, il lui sera facile de « refaire sa vie », à l’insu de son voisinage. Il est vrai que souvent la cellule familiale est brisée, et c’est souvent cela qui l’inquiète le plus.

Mais je pense que, s’il a la volonté (si on l’aide à se restructurer psychologiquement), il est tout à fait capable de se bien réinsérer. Il est vrai qu’une peine longue comme c’est souvent le cas (minimum 5 ans, plus souvent 10 ou 15) n’est pas pour faciliter les choses. Aussi mon sentiment est que la prison est pour eux, nécessaire pour les séparer de la victime et du voisinage, pour leur permettre de se remettre en question, pour se préparer à une nouvelle vie… mais une peine aussi longue est tout à fait inutile.

Un suivi « réel » suffirait.

Il est vrai que « la récidive » reste rare, mais si elle a lieu, elle est souvent en gros titres dans les journaux… ce qui me fait penser qu’un suivi « réel » et « discret » doit être mis en place. Il faut qu’il soit efficace et qu’il évite (empêche) tout risque de récidive.

Actuellement, rien n’existe, un fichier ADN est en train de se mettre en place, c’est tout et bien peu. Il me semble, dans ce domaine, que c’est, de nouveau, une lacune de notre système judiciaire… et politique.

Cette mesure me semblerait d’autant plus « juste » que ce délinquant, soit, est parfois « innocent » et le fruit d’une machination, soit, les faits sont si anciens qu’ils sont plus, dans sa vie, d’actualité, depuis longtemps, il a une vie « normale », soit, il est accusé de viol alors que le victime était consentante et c’est elle qui l’a « trompé » sur son âge… (cas fréquent).

J’ai souvenir d’un gars qui était homosexuel et qui ne s’en cachait pas et qui, d’ailleurs, était là, en récidive, (donc il a déjà été condamné pour cela) qui m’a expliqué qu’il était attiré par les jeunes – 18-20 ans, lui en avait la quarantaine.

La première fois, il savait que le jeune était mineur, la seconde fois, il m’a assuré, et je n’ai aucune raison de ne pas le croire, qu’il a été très naïf. Son compagnon n’avait que 14 ans, alors qu’il en faisait 20… Le jeune étant consentant et demandeur, et d’ailleurs, ce n’est pas lui qui a porté plainte, mais la DASS. En effet, le jeune était en foyer d’accueil, en fugue, donc en galère, recherché…

Sa négligence (ne pas s’être assuré de l’âge) va lui coûter quelques années de prison et de sa vie… Peut-on vraiment le considérer comme un « criminel »… !

Pour moi, il était sincère avec lui-même. Il reconnaissait avoir fait une erreur, il « assumait », méritait-il 5-7-10 ans de prison ? En fait, quand j’ai quitté Metz, il n’était pas encore condamné… la justice n’arrivait pas à retrouver « la victime »… mais je pense que cela n’empêchera pas sa condamnation puisque l’origine de la plainte était la DASS (partie civile et plaignante)… !

En fait, lui, n’avait aucun remords, n’avait pas l’intention de changer sa vie… il sera (je l’espère) à l’avenir plus prudent. D’ailleurs, en prison, il s’était trouvé des partenaires consentant… !

Pour conclure, je vous ferai une parenthèse sur la sexualité en prison : c’est un sujet « fréquent » de conversation, disons quasi permanent : le manque de « femme » et l’image qui est véhiculée n’est pas des plus reluisantes…

En ce qui concerne les pratiques homosexuelles. S’il y en a, et il y en a, elles sont discrètes, peu connues, pas acceptées des autres. Des pratiques « sous » contrainte, j’ai eu connaissance de certaines. Elles sont vite « étouffées » et les auteurs (protagonistes) séparés, voire l’un des deux, parfois les deux « transférés » (c’est à dire, envoyés dans une autre prison), même s’il n’y a pas eu de « plainte ».

Comme partout, comme dans beaucoup de circonstances, ici plus qu’ailleurs, il faut se méfier de ce qui est dit… il n’y a pas toujours que du vrai et l’exagération est coutumière…

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)

Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).

Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…

……..

Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…  et des solutions proposées…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…

……

Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.

Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

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