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01/07/2009

Gérard - 2 : une rencontre imposée, en prison

Gérard – suite et fin -

Bref, il voulait que « je parte » et je m’y étais résolu.

La cohabitation ne posa pas de problème jusqu ‘au mardi soir, bien que chaque matin, alors que j’étais encore couché, il me disait, j’espère que tu seras plus là à midi (13h30)… Le mercredi, au retour des sports, il péta les plombs et m’agressa « verbalement », presque « physiquement » au point que le surveillant est intervenu. Une parenthèse : pourquoi est-il intervenu ? Je ne savais. Longtemps, j’ai cru qu’il avait entendu, par l’interphone, « ses » cris et « mes répons » comme quoi je n’y étais pour rien si j’étais encore là. Par la suite, j’ai appris que sur cet étage, les parlophones ne fonctionnaient plus depuis longtemps. Donc, je pense que l’intervention du surveillant n’a été provoquée que par le hasard (il passait devant notre porte) et par son courage (il n’est pas fréquent de voir un surveillant intervenir avant les coups et le sang…). D’ailleurs, plusieurs mois plus tard, j’ai croisé ce surveillant dont je ne me rappelais plus, mais qui, lui, se rappelait de moi et de son intervention, et je l’ai, à ce moment là, remercié pour les coups qu’il m’avait, assurément, évités…

Ce qui est sûr, c’est que le surveillant calma Gérard, lui assura qu’il interviendrait pour que mon départ intervienne…, me conseilla d’écrire, de nouveau, au chef pour renouveler ma demande. Ce qui fut fait. Ce qui est sûr et c’était de son devoir, ce surveillant fit un rapport comme quoi, il y avait eu une « altercation vive » entre nous.

A partir de cette agression « verbale », l’attitude de Gérard, à mon égard, changea de tout au tout. Il ne m’adressa plus la parole. Un mutisme impressionnant que mes demandes de réconciliation et mes promesses de solliciter mon départ n’ont pas résolu à rompre… Silence, accompagné d’une attitude « séparative », dans ce sens qu’avant, nous partagions notre repas, sur la même table (nous n’en avions d’ailleurs qu’une), à partir de ce moment, il préféra manger, debout, sur le rebord du coin « toilettes »… Ce fut, pour moi, un moment, des heures pénibles et ce, d’autant plus que je ne savais pas (et craignais) ce qu’il mijotait, peut-être des coups. Bref, cette nuit se passa sans vrai sommeil, mais sans incident, en silence, ou plutôt avec sa radio sur la FM (24h/24) – il n’avait pas la TV et n’en voulait pas. Le jeudi, vers 13 h 30, j’étais toujours là, - même silence, même tenu à l’écart, en fin d’après-midi, après nouvelle réclamation de ma part au surveillant, j’ai été appelé chez le chef qui, a priori, semblait au courant du problème et du personnage, et c’est à ce moment-là qu’ « ils » se rendirent compte que « ma » place n’était pas là, au 1er. J’étais à un étage « travailleur » alors que je n’avais pas l’intention de travailler aux ateliers, j’étais « vieux » et « super calme »… Avec concertation entre chef et sous-chef, ils me demandèrent si je voulais aller au JA (je ne savais pas ce que cela voulait dire), mais « mon souhait » était d’être en sécurité et au calme, et si possible avec quelqu’un qui ne fumait pas, mais çà on ne pouvait pas me le garantir…. Téléphone + décision d’attendre le lendemain, le chef du JA n’étant pas là, ce jour-là. Je les ai « supplié » d’appeler Gérard, pour lui confirmer mon départ « imminent »… Il se passa bien une heure entre mon retour en cellule et mon annonce de ce départ imminent et le moment où Gérard fut appelé. De retour, ces seuls mots après deux jours « pleins » de mutisme furent : « Tant que tu es encore là, tu es là » et le mutisme se poursuivit.

Le vendredi matin, au retour de la douche, vers 10 heures, le surveillant m’attendait pour me dire : « Prépare tes affaires, tu pars au JA »… Et je ne me suis pas fait prier…

Bon prince et parce que je venais de recevoir mes premières « cantines », je lui ai laissé un petit mot : « Sans rancune et encore Merci », et lui ai laissé quelques subsides en remerciement de l’aide matérielle et alimentaire apportée…

Pour clore sur Gérard, je vous dirai que je reste quelque peu « admiratif » sur sa volonté et sur son « mutisme ». Pour ma part, je ne m’en serai pas senti capable.

Sur Gérard, je voudrai encore te dire que c’est le détenu le plus procédurier que j’ai connu. Il n’avait jamais eu affaire à la Justice avant cette affaire. En fait, je n’ai jamais fait de courrier pour lui, il était capable de le faire lui-même. A tous les stades de son procès, avant, pendant, après, il a fait toutes les démarches possibles : libération provisoire, appel, cassation, sur chaque demande refusée. Sa ténacité, son obstination, son déterminisme m’avaient fait pensé qu’il devait être innocent. J’ai pensé cela jusqu’au jour où j’ai eu connaissance des faits qui se sont passés à Saint Mihiel.

Il était très têtu. Par exemple, je pense qu’il aurait obtenu une « libération provisoire », compte tenu des faits « réels » ou « supposés » assez légers et non vérifiables s’il avait accepté de changer de région. Mais il tenait à son studio qu’il occupait depuis 15 ou 20 ans. Encore aujourd’hui, il se bat pour que les HLM ne le mettent pas dehors, malgré une décision d’expulsion, et le fait qu’il a encore 3 ou 4 années de prison à faire et qu’il ne paie plus le loyer (bien sûr). Il se bat, en vain, certes, mais il se bat… son livre de chevet est le CPP (Code de Procédure Pénale). « Livre de chevet » est symbolique, car en pratique, le CPP ne peut pas être sorti de la Bibliothèque … Il est vrai qu’il m’interrogeait souvent sur le CPP qu’il interprétait « mal », mais il le connaissait.

Je parle au passé, bien qu’il soit toujours à Saint Mihiel et en détention, et s’il est vrai que je revoyais deux fois par semaine, à la bibliothèque, lorsque j’y étais « écrivain », ici, j’ai tenu mes distances, « Bonjour, Bonsoir », dès son arrivée.

Mais il me faut reconnaître que si je n’ai pas été rancunier à son égard, lui non plus, à mon retour au « grand quartier », il me remercia pour ce que je lui avais laissé, et plus tard, c’est par lui que j’ai obtenu une paire de chaussures « spécial prison »… que Victor (mon fils) affectionne tant… Nous n’avons jamais reparlé de son attitude « agressive » et, je sais que depuis, il a souvent eu un compagnon de cellule…

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)

Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).

Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…

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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent…  et des solutions proposées…

A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.

Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…

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Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.

Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

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