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11/05/2009

Ambiance en Goële

Ambiance :

En goêle :

Y ayant séjourné à plusieurs reprises (au moins trois), ces dix dernières années. Je peux te dire que cela n’a guère changé. Tout d’abord, je dois te préciser qu’à Metz, il y a, juxtaposé, (même entrée) un lieu appelé « centre de rétention » qui reçoit les individus étrangers, en situation irrégulière, qui attendent leur expulsion (maximum 7 jours, je crois). Eux, par contre, ont, à ce qu’il m’a semblé, un confort acceptable : lits, couvertures, distributeur de boissons, TV, cabine de téléphone, etc… Par contre, ils sont très bruyants (jour et nuit) et donc le silence, en ce lieu, est rare.
Cela dit, la geôle est donc entièrement vide, parfois on te retire tes chaussures, tu te retrouves donc en chaussettes, sur un sol en pierre (donc froid, l’hiver). Pour ma part, je n’ai jamais connu ce lieu l’été, mais en fait, vu l’absence d’ouverture, je pense que le mauvais air et les odeurs (transpiration) doivent être les mêmes. Donc, tes seules activités possibles sont : soit de marcher 4 m + 4 m (AR), t’asseoir, te coucher si tu es seul ou s’il y a assez de place (rappel, largeur du banc : 40 cm). Le bruit y est permanent : interpellation entre geôles d’individus dans la même affaire et l’éternel « Taisez-vous », appel au gardien pour avoir une cigarette, pour aller aux toilettes, pour demander l’heure, allers et venues de nouveaux et départs de l’un ou l’autre, et ce, jour et nuit. Il faut reconnaître que les « interpellations » ne volent pas « haut » et sont souvent d’une agressivité gratuite, de part et d’autre… ce qui est un peu inquiétant, c’est que, aux dires de certains, le résultat de ces échanges se termine, parfois, par une « constatation » de rébellion, parfois avec violence, ce qui provoque un « délit » de plus, et pour le délinquant, au final, l’impossibilité de bénéficier des grâces présidentielles du 14 juillet, « la rébellion contre les forces publiques » étant une des 28 exclusions.
Il est, donc, compte tenu du confort, quasi impossible d’avoir un moment de calme, y dormir me semble une prouesse (ne serait-ce qu’en raison des conditions matérielles). Sur les 3 fois que j’y ai passé une ou plusieurs nuits, une fois, j’ai eu une couverture (à la propreté douteuse) et ce devait être à la seconde nuit consécutive, après ma demande au médecin d’une telle faveur et d’un cachet pour dormir (que j’ai obtenu, mais je n’ai pas souvenir qu’il m’ait permis de dormir)…
En effet, en général, il me semble, en soirée, si tu es là au moment de son passage, tu « peux » voir un médecin (moi, je l’avais vu en cours d’interrogatoire, mais nous en reparlerons plus après) qui te demande si tu suis un traitement, si tu es drogué (et en manque), etc… et qui peut donc te donner une aide médicale… mais encore faut-il être là, lors de son passage. Ses questions sont limitées, et ce, pour « éviter », je pense, d’avoir trop à connaître tes « autres » conditions physiques, et éviter d’avoir à « exiger » des mesures appropriées…
Donc, ce passage, en ce lieu, qui est d’une durée très variable (mais a priori, réglementée, en ce qui concerne la fréquence et le minimum de durée) est tout à fait impropre à un temps de repos, aussi bien le jour que la nuit. De toutes façons, comme tu n’as pas (plus) de montre, ta seule occupation est d’attendre.
Il me faut vous préciser qu’à chaque arrivée/retour, il y a re-fouille. Certes cela va plus vite puisque l’inventaire ayant été fait et la restitution des objets personnels non faite, il n’y a que la fouille à corps et donc le déshabillage / re-habillage… Sait-on jamais qu’un policier-enquêteur t’ait donné son arme…

Je dois vous préciser, pour être honnête, que l’ambiance est fonction du (des) gardien(s), et de leur sens du devoir et de leur disponibilité, de leur savoir-faire. Je me rappelle avoir dit, une fois, à l’inspecteur-enquêteur (qui devait m’interroger) que je plaignais ses collèges chargés de ce « travail ». Avec surprise, il me répondit que certains s’y trouvaient bien, depuis longtemps et qu’a priori, il y avait assez de « volontaires »… Réponse qui me laisse encore perplexe : comment peut-on supporter à longueur de journée et de nuit une telle atmosphère et une telle ambiance…
Au niveau des repas. Le terme « repas » est tout à fait impropre. Si on ne t’a pas oublié et si ton maintien (le temps des repas) a été prévu, tu as droit à un casse-croûte = sandwich = une demi-baguette avec de la crème de gruyère (fait maison, emballé sous cellophane), un fruit, un verre d’eau (a priori, de l’eau du robinet), et cela, deux fois par jour, rien le matin (mais tu n’en es pas prévenu), mais la veille, tu as un peu plus de pain sec.
La nuit, outre le bruit (mouvements, appels), tu ne peux dormir, toute lumière allumée, sur un banc, pas de couverture, pas d’oreiller (bien sûr), pas seul (parfois). Inutile de préciser l’état dans lequel tu te retrouves, le matin… Tu es content d’en sortir… même si c’est pour être, de nouveau, interrogé…

Nota : dans les mesures « annoncées » et qui, à ce jour, devraient avoir été mises en place (peut-être), il est prévu (j’ai vu un reportage TV, là-dessus) que le détenu aurait droit à un matelas (type : tapis de sol de salle de sport, à ce qu’il m’a semblé, donc quasiment aussi dur qu’un banc), matelas qu’il faudra déposer à même le sol, puisqu’il ne tient pas sur le banc (cf largeur et équilibre impossible), donc un matelas et des repas « chauds », c’est à dire en barquette, réchauffés par micro-ondes. J’en ignore le mode de fabrication, ni la composition, mais, a priori, il faudra que ce soit, passe-partout, donc œufs durs (ou poisson) et pâtes ou riz ou purée… je ne vois pas autre chose pouvant convenir à tous.

Une précision : à Metz, cela ne m’a jamais été proposé, mais je sais que dans certains lieux de « garde à vue », les familles peuvent apporter des repas, et/ou, si tu as de l’argent, tu peux te faire apporter un menu, type Mc Donald’s, et acheter des boissons fraîches ou chaudes. A moi, on m’a déjà proposé un ou des cafés, lors des interrogatoires, mais cela fait partie d’une autre stratégie dont nous reparlerons plus tard.
Voilà pour la description des lieux et de l’ambiance de la geôle. A la relecture, je la trouve bien « soft »… je n’ai pas su t’en faire sentir l’horreur (le mot n’est pas trop fort). Dans ma mémoire, c’est bien plus horrible que ce que je vous en ai décrit… il te manque les sensations…
Pour beaucoup, et pour moi, c’est vraiment la hantise, le fait d’y séjourner longtemps, plusieurs nuits, est vraiment une situation inhumaine, inacceptable, révoltante. Grâce à lui, souvent les aveux sont facilités. Pour ne pas « craquer », il faut vraiment être « costaud » ou « habitué », le deuxième qualificatif est assez adapté à bon nombre de mes co-détenus.
De là, tu ressors, fatigué, fourbu, plein de courbatures, déshydraté, ayant faim, bref, tout ce que tu ne peux te permettre de souhaiter à ton pire ennemi…

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A travers : « 1019 jours de détention… ou la vie en prison, vue du dedans, comme si vous y étiez… » (index des notes sur la journée du 7 janvier)
Clémence et Paul Denis tentent de vous faire vivre le quotidien d’un détenu « moyen », pas inculte, mais pas VIP, non plus (vous avez l’intégral de ce bouquin, complété par vos questions / remarques et mes réponses…).
Nota : Sur la journée du 14 janvier, vous trouverez un lexique des mots qui méritent une explication et/ou un commentaire…
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Ma Prison… ou quelques questions qui fâchent… et des solutions proposées…
A travers ces pages, Paul Denis poursuit sa réflexion, il ne se considère plus comme un détenu, mais comme un observateur qui très souvent est devenu un confident.
Vous trouverez, sur la journée du 17 mai les dates de parution de mes articles…
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Les bouquins de Paul DENYS n’ont pas encore trouvé d’éditeur.
Si vous désirez avoir leur version papier, vous pouvez acquérir (l’un ou l’autre ou les deux) en envoyant, par volume, un chèque de 17 € (frais d’envoi compris) à Ligue des Droits de l’Homme (LDH 57), 3 rue Gambetta à 57000 METZ. Pour 10 €, je peux vous l’envoyer par e-mail (150 pages A4 ou 220 pages A4).

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