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04/05/2009

En guise de conclusion...

A tous ceux qui m’ont permis de passer ces longs mois… sans embûche…
A tous ceux que mon éloignement n’a pas laissé indifférent qu’ils se soient manifestés, ou qu’ils s’en soient abstenus…


En guise de conclusion,

Dès les premiers jours, mon fils Victor, dans sa première lettre, en citant NIETZSCHE, m’a placé la barre très haute : "Tout ce qui ne me tue pas, me rend plus fort, accroît ma puissance, car s'il ne dépend pas de nous d'aller contre les événements, du moins est-il en notre pouvoir de les assumer, de les dépasser et d'en tirer profit...".
Dès mon arrivée à la Maison d’Arrêt de Metz, une phrase de l’Etranger d’Albert Camus, m’a interpellé (un co-détenu l’avait affichée sur notre panneau d’affichage) : « C’est un homme banal, innocent, que la Justice prend pour un criminel (un coupable). Tout cela parce qu’il refuse de mentir et d’entrer dans son jeu ». Celle-ci me semblait résumer ma situation.
La vocation première de la prison qui n’est, selon la loi, que de « priver de la liberté d’aller et venir » m’a guidé dans mes objectifs.

Ces trois phrases ont été constamment à mon esprit, pendant ces près de 34 mois.

Les deux premières étaient faciles, pour moi, elles ne dépendaient que de moi, elles ne résumaient que mon intime conviction, et le fruit de ma vie passée, ce que mes parents m’avaient appris de la vie, ce que la vie familiale et professionnelle m’avait fait mettre en pratique.
Bien vite, je me suis rendu compte que ce que disait la loi n’était pas le quotidien de ce que je vivais et allais vivre et il m’appartenait de ne pas me laisser dépasser par les événements…

Je ne conteste pas le fait que ce que l’on m’a reproché soit le fruit d’une attitude « hors-norme », et je ne prétends pas que c’était ce qu’il y avait de mieux à faire.
Dans les affaires, il y a des hauts et des bas. Et soyez-en bien sûr, j’ai une conscience et elle ne me reproche rien. Il me semble que je n’ai pas été un « danger public ».
Mais c’est fait, je le regrette, cela a été jugé, et il n’y a pas lieu de revenir sur la décision prise, même si je trouve « souvent » que celle-ci est quelque peu disproportionnée, pour ne pas dire « excessive »…

Ma seule volonté, dès le départ, a été d’assumer, en espérant et en faisant en sorte que ma propre famille ne souffre pas trop de cette situation.

Mon seul souhait a été de faire en sorte que ma période de détention ne soit que la « privation d’aller et venir », et pas plus.

Certes, ce ne fut pas facile, tous les jours.
Et pendant les quatre premiers mois, j’ai souffert « intellectuellement » et « mentalement » de « l’inactivité » et de « l’inutilité » de mon temps. Je n’y étais pas habitué…

Dès que j’ai pris « les fonctions d’écrivain », outre les avantages, en confort matériel, incontestables, ma vie entre ces murs a pris, à mes yeux, un autre sens.
En fait, je mettais tout en œuvre, pour moi-même et pour les autres, pour appliquer la pensée de Nietzsche.
C’est ainsi que jusqu’aux derniers jours, puisque ma dernière demande a été examinée le 13 septembre, j’ai tout mis en œuvre pour écourter ce temps d’éloignement… ( demande de confusion de peines, demande de non-révocation du sursis, demande de libération conditionnelle (JAP + en appel), demande de semi-liberté)… Je n’ai jamais été suivi, je n’ai jamais été compris, entendu…

Mais ces demandes (répétées) ont eu, pour effet, qu’en attendant une échéance plus favorable à ce qui était prévu, je ne pensais pas que je resterai, en prison, aussi longtemps… et cela aussi, m’a (nous a) permis de survivre… sans une « permission de sortir » pour renouer avec la famille et chercher du « travail »…

Comme vous le savez, j’ai toujours été « actif » : actif, pour m’occuper, mais aussi « actif » pour rendre service.
De cela, j’ai conscience, même si cela n’a pas été du goût de tout le monde… mais on ne se refait pas… si facilement.
Et cela m’a valu une diminution de mes remises de peines supplémentaires (RPS) = 2 x 10 j de RPS au lieu de 2 x 1 mois.

L’important était donc d’être occupé, car c’est, assurément, la seule façon de supporter un tel éloignement de sa famille, dans de telles conditions.

Je pense avoir « réussi » ma détention, mais vous le savez, comme pour tous les détenus, même les « meilleurs », les plus « résistants », les plus « adaptables », cette période n’a pas été « agréable » pour moi… !

En détention, consciemment et inconsciemment (souvent, j’espère), on est le fruit d’attitude de mépris, de brimades, de manque de respect de la personne humaine, aussi bien de la part d’autres détenus que d’autres intervenants (surveillants, intervenants extérieurs).
Certains êtres humains sont ainsi faits…
Ce n’est certes pas « physique » (au moins à mon égard), mais c’est souvent psychologique et extrêmement « déstabilisateur »… et je comprends très bien que certains (plus faibles) ne soient pas capables de résister, d’où les « pétages de plomb » (« réprimés »… et dont on en recherche pas l’origine), et pire, les suicides… j’en ai connu, en 33 mois, au moins 5, des tentatives, une bonne dizaine… des automutilations…, trop souvent.

Vous comprendrez qu’on n’arrive pas à ce stade, à de telles extrémités, sans motif… « valable »… même si beaucoup sont jeunes… ils ne sont pas tous « débiles » et/ou « incapables » (au sens médical et juridique).
L’accumulation de petits détails, pris individuellement « insignifiants », peut produire des effets très pernicieux…

Ce qui est plus malsain, en détention, c’est l’obligation que vous avez de supporter tout cet environnement hostile, je pense particulièrement :
. au bruit perpétuel (musique, cris, dialogues hauts et forts, etc…),
. à la surpopulation qui fait que les équipements sanitaires (et services communs – salles d’activité, parloirs, cuisine, etc…) ne sont plus adaptés au nombre, ce qui provoque, immanquablement, la présence d’une saleté latente qui déteint sur les lieux, mais aussi sur les individus et provoque des maladies suspectes,
. au laxisme de certains décideurs qui, trop souvent, ressemble à de la faiblesse, et lorsque l’autorité réapparaît, elle n’est plus comprise et elle provoque des conflits qui auraient pu (du) être évités,
. à une cohabitation forcée avec certains individus dangereux, peut-être pas physiquement, mais pour l’influence néfaste qu’ils peuvent avoir sur certains détenus influençables ou avides de connaissances délictueuses… !

Bien sûr, tout cela ne produit pas une situation inacceptable, insurmontable… mais cette situation est tellement négative que l’on est en droit de se demander si elle a sa raison d’être…
La prison a-t-elle vocation d’être une école de la délinquance… ? Pourquoi y a t il autant de récidivistes, d’allers et retours… ? Cette question s’est-elle imposée aux décideurs ?

Je crois qu’il est temps de regarder la vérité, en face…, même si elle doit faire mal…

Ne croyez-vous pas… ?

Aussi, vous comprendrez qu’une détention longue, si elle ne déstabilise pas complètement l’individu, elle le choque plus que la « normale »…, c’est pour cela que je la trouve trop longue, d’autant plus qu’elle ne sert pas à la réinsertion « vraie ».

En qualité d’écrivain et de confident (obligé), j’ai eu connaissance de « réels » projets, tout à fait réalisables et allant dans le sens de la « vraie » réinsertion… et ils n’ont pas abouti… pourquoi ? Parce que « ne pas prendre de risque » est la devise de certains décideurs, ce qui provoque des remises en liberté… sans préparation, sans accompagnement, et donc, des « retours »… en prison… et après, ces mêmes décideurs ont l’audace de dire « je vous l’avais bien dit »… !

Moi, j’ai 60 ans, une famille, des amis, une personnalité qui me permettront de reprendre, assez facilement, je l’espère… une vie « normale » et « honnête », sans dérapage… mais je reste l’exception qui confirme la règle.

Il n’y a pas que du négatif, dans une prison, on y rencontre aussi des personnes formidables qui font tout pour ne pas t’abaisser, pour te redonner confiance en toi-même, certains surveillants nous appellent Monsieur et vouvoient, disent « Bonjour », certains même referment ta porte (le matin lorsqu'ils voient que tu es encore couché…). Bref, le respect existe… mais c’est aussi l’exception qui confirme la règle.

Entre détenus même, il existe un certain respect « individuel » et « réciproque », et s’il est vrai que la majorité pense d’abord à elle-même, il y a aussi, chez les détenus, une solidarité « exceptionnelle »… mais cela reste des exceptions qui confirment la règle…

Certaines fonctions (très proches des détenus) sont tenues par des êtres « remarquables », aussi bien à l’Ecole qu’en formation, et dans les aumôneries. Ce n’est plus un métier, c’est plus qu’une vocation, c’est un « apostolat » …
Pour tenir, croyez-moi, il faut vraiment être « accroché » et croire que l’homme… n’est pas aussi noir qu’il peut paraître.
En général, la majorité des détenus leur rend cet hommage par leur respect… ce qui me fait penser que quand on sait « le prendre » et qu’on le respecte… un détenu est un être comme les autres, pas meilleur, mais pas plus mauvais que beaucoup d’autres.

Pour revenir à ma détention personnelle… elle m’a permis à maintes reprises de faire le point sur mon passé, à extrapoler sur le futur…

Avec le recul, un de mes regrets est de m'être laissé autant accaparer par mes différents métiers, mon travail (que j’aimais bien) et de ne pas avoir su profiter d’une vie de famille heureuse et de nos enfants petits… Ils n’ont pas l’air d’en avoir trop souffert, mais pour ma part, quand je me retrouve seul dans le noir, je ne les vois pas « petits »… et quand je vois où tout cela m’a mené, je pense que j’aurais mieux fait de plus profiter de la vie, au quotidien…
Certes, j’ai l’impression que nous avons bien vécue, sans excès, mais aussi, sans privations fondamentales…

Ce n’est pas le moment de regretter, mais parfois, on se surprend, soi-même, en pensant qu’on aurait pu organiser notre vie d’une autre façon. Un simple choix (décision) à un certain moment peut changer tout le futur…

Ainsi va la vie…


Mais je suis pour rester optimiste et je sais que j’ai encore de bonnes années, devant moi… certes il me faudra organiser notre nouvelle vie, mes nouvelles activités professionnelles, mais cela ne me semble pas « mission impossible »…

En étant, de nouveau, l’exception qui confirme la règle, je dirai que cette période de détention me laissera des mauvais souvenirs, mais aussi de bons souvenirs…

Je sais, déjà, que je ne respecterai pas la tradition qui veut que tu dois quitter la prison, sans te retourner.

La prison m’a pris 34 mois de ma vie, mais je sais que ce ne sera pas, en vain…


Un grand merci à tous ceux qui m’ont soutenu et aidé, mentalement et matériellement.

Une nouvelle page s’ouvre…



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